A Petra di Verde, u nostru paese
PIETRA D'HIER ET DE JADIS
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Pietra et la pieve de Verde
La pieve de Verde comprenait, à l’origine, des hameaux de nos jours regroupés par les communes de Linguizzetta, Canale-di-Verde, Chiatra et Pietra-di-Verde. Elle s’étendait des hauteurs de Sant’Appianu et de Mont’Altu jusqu’à la mer. Elle était, grosso-modo, limitée au nord par Fium’Alisgiani et au sud par Bravone. Tox et Campi, les deux autres communes de ce qui allait constituer, plus tard, le canton de Verde, formaient initialement la pieve de Toxi, sur le versant nord de la vallée de Bravone. Mais, déjà au 17è siècle, ces deux villages étaient inclus dans la pieve de Verde, ainsi qu’il ressort de documents génois de l’époque.

Ces documents indiquent que, vers la moitié du 17è siècle, Pietra comprenait seulement deux hameaux : « La Pietra », qu’on appelle couramment de nos jours « U paisolu », et « U Monticchio », formé sans doute par les seules maisons du « Casone ».

Au 17è siècle, Gènes a élaboré et fait appliquer un plan de mise en valeur de la Corse, connu sous le nom de « Coltivatione » (1). Placée sous l’autorité du commissaire génois Francesco-Maria Giustiniani, la « Coltivatione » consistait à imposer la plantation de cinq espèces d’arbres : châtaigniers, oliviers, amandiers, figuiers et mûriers. Chaque feu (famille) était tenu de se conformer à la demande génoise, pour au moins une de ces espèces, sous peine de se voir infliger des amendes. C’est grâce à la « Coltivatione » que, à Pietra, a été en grande partie plantée et s’est développée la châtaigneraie. Elle devait faire la richesse du village et lui donner la prédominance d’abord dans la pieve, puis dans le canton dont Pietra était le chef-lieu.

(1) Voir Antoine-Laurent Serpentini « La Coltivatione » éditions Albiana.

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La pieve de Verde, il y a trois siècles
(Traduction d’extraits d’un rapport du commissaire génois Francesco-Maria Giustiniani)

Les hameaux qui forment la pieve de Verde sont au nombre de neuf : Canale, le Monte, Linguizzetta, Tox, Campi, la Pietra, Monticchio, Chiatra et Ersagie. Les quatre derniers, pour des raisons de voisinage, forment deux seuls « corps », sous le nom de la Pietra et Chiatra. C’est pourquoi les habitants ne comptent que sept bourgs parmi lesquels Linguizzetta est le plus grand et le mieux situé. Tous jouissent d’un bon air, à mi-côte autour de la montagne Sant’Appiano, formant presque une couronne ; honneur bien mérité par la montagne pour sa grandeur, ses bons terrains, l’abondance de ses sources, la qualité de ses pâturages et pour son très noble bois de rouvres et d’yeuses qui habille son sommet.

Cette montagne peut aussi être appelée royale si l’on ajoute foi aux dires des gens du cru, selon lesquels, en un lieu situé sous le hameau de Monte, appelé encore aujourd’hui le Palazzo, s’élevait le logis de Berlinghiero, originaire de cette pieve, lequel aux environs de l’an 900 fut roi de Corse et de Sardaigne…

…Excepté la montagne Sant’Appiano, le reste du territoire, jusqu’à la mer, est constitué ou de plaines ou de petites collines, mais ce qui importe c’est que le territoire de cette pieve, aussi bien en montagne qu’en plaine, est composé de terrains fertiles et, personnellement, compte tenu de mes observations, j’estime qu’ils sont les meilleurs de toute la Corse de ce côté-ci des monts, car si Casinca, Aleria et Fiumorbo ont de plus belles et grasses plaines, ici les terrains sont cependant plus sûrs… Campi, la Pietra, Chiatra et Canale ont une très grande quantité de châtaigniers, surtout les trois premiers… Le Monte, Linguizzetta et Tox sont plus propices à la culture des amandiers et autres arbres similaires… Il y a partout des oliviers…

Toutes les localités abondent en fontaines bonnes et commodes, excepté Chiatra où elles se trouvent à un « miglio » (1 km ?) du bourg. Sur la montagne de Sant’Appiano, au-dessus de la route qui va à Alesani, parmi de nombreuses autres, deux fontaines se singularisent : Fontana di Verde et une autre que l’on appelle Acqua ai Fiori. De cette montagne descendent cinq petits fleuves pérennes : Lene, Casigli, la Calcinara, Bocce fuoco et Acquisonnante…

… La pieve compte 426 foyers, dont 212 inaptes à faire des plantations pour des raisons diverse, 20 rebelles, dont 8 ont été condamnés à des amendes. Les 194 foyers restants ont planté 3098 arbres depuis ma précédente visite

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Au centre d’une région montagneuse très pittoresque

À notre époque caractérisée par les transports automobiles, on a coutume de situer Pietra par rapport à la plaine orientale ou encore à Bastia. On dit ainsi que le village est à 14 klm de la route nationale 198 qui longe la côte orientale de la Corse et à 73 klm de Bastia. Il est vrai que la route qui le relie à la vallée d’Alesani et aux autres vallées de la Castagniccia n’a été ouverte que vers la fin des années 50 du siècle dernier et qu’il en est de même pour celle de Matra à Pianellu, qui, via le Boziu, conduit à Corte.

Depuis lors, ces nouvelles routes placent Pietra au centre d’une région montagneuse très pittoresque qui mérite d’être mieux connue.

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Si les vallées d’Alesani, Orezza, Ampugnani sont largement fréquentées par les touristes, il en va autrement de la route, qui par Moita, Matra, Pianellu et le Boziu, mène de Pietra à Corte et grimpe par endroits à 900 mètres et plus d’altitude. Et pourtant de là-haut la vue s’étend, à l’est, sur la côte orientale, à l’ouest et au sud sur la chaîne de montagnes qui coupe la Corse en deux, de la Paglia d’Orba et du Cintu à l’Incudine ; de là-haut, comme de nulle part ailleurs, on voit Corte, la cité qui se cache au confluent de ses deux vallées ; on assiste à de splendides aurores sur la mer Tyrrhénienne et à de fabuleux couchers de soleil sur les hautes montagnes du Vénacais, du Cortenais et du Niolu. Et toutes ces merveilles, insoupçonnées, sont à moins d’une heure de voiture de Pietra.

Ne dédaignons pas, cependant, les belles promenades que l’on peut faire à pieds vers Alesani, Mont’Altu, Sant’Appianu. Elles suivent la route qui domine la vallée de Bussu (autre nom du fleuve Alesani pour son cours supérieur) ou bien les vieux sentiers des multetiers et des bergers, que les chasseurs entretiennent encore. On y découvre de vieilles chapelles, souvent en ruines, et quelques vestiges d’une abbaye bénédictine, qui ont attiré tant de pélerins au cours des siècles. Les vallées amples ou encaissées, jadis plantées de châtaigniers, voient de nos jours pousser aulnes, frênes et yeuses. Grâce à eux Pietra et ses environs méritent encore leur nom ancestral de « Verde ».

À l’est, la trouée vers la mer et l’île de Monte-Cristu offre un admirable panorama entre Chiatra et la route de Prunete à Ponte-Leccia qui court à travers toute la Castagniccia. Un lac formé par le barrage sur le fleuve Alesani (Bussu) occupe le fond de la vallée.

Du barrage on a une vue originale du village, plus précisément du hameau de Muntichju. Mais les meilleures vues de Pietra sont celles prises de la route de Moita qui lui fait face sur l’ubac. Cependant nous avons pu nous procurer une photo prise de « A Scupiccia », site montagneux à l’ouest de Cervioni, au-dela de Bussu. Il s’agit d’une des rares photos de Pietra prise sous cet angle. Elle a l’avantage de situer le village dans son environnement, de montrer le cirque de montagnes qui entourent Piétra, à la fois Mont’Altu, à droite, et Sant’Appianu plus à gauche

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Les tombeaux des Pietrolais

Pour la plupart, les gens de Pietra se font enterrer, depuis plus d’un siècle, dans le cimetière communal, u Campu Santu. Compte-tenu des anciennes sépultures qu’on y trouve encore (ou, du moins, qu’on y trouvait voici une cinquantaine d’années), le cimetière semble dater du dernier quart du 19è siècle. Qu’en était-il auparavant ? Peu de traces demeurent. Toutefois il existe dans l’enceinte de l’église une pièce attenante à la sacristie, que l’on a toujours appelé “Casaccia”, dans un angle de laquelle il y a un orifice circulaire qui donne sur le vide : “l’erca” ou “arca”. En italien l’arca, c’est le sarcophage; en corse le mot a pris le sens de fosse commune.

Au fil des ans certaines familles ont disposé de cimetières privés installés sur un coin de terre leur appartenant. D’autres ont construit des sarcophages et même ce que les gens du cru appellent des “cappelle”. Parmi ces dernières, quelques unes sont relativement récentes. Beaucoup d’autres, plus anciennes, sont aujourd’hui en ruines, leurs propriétaires ayant quitté le village depuis fort longtemps ou tout simplement disparu.

L’une d’elles, cependant, est encore non seulement debout, mais en bon état. Il s’agit de la chapelle d’une famille disparue de riches propiétaires, les De Giovanni. Les villageois l’appellent couramment “A Tomba”. Elle fut construite en 1825, par les soins d’un archiprêtre membre de la famille, dans un champ dominant la rivière. En contrebas de la route qui mène au village, quelque deux cents mètres avant l’église, à l’ombre de cinq cyprès bientôt bicentenaires, on peut admirer sa belle façade à corniches et fronton et ses très belles proportions qui donnent à l’édifice une incontestable élégance. Sur une crypte funéraire s’élève la chapelle proprement dite dotée d’un autel destiné à la célébration des offices liturgiques et dont le plafond évoque le ciel. Les ans n’ont pu altérer le bleu de ce ciel qui surprend encore les rares personnes qui tentent de le contempler à travers les petites fenêtres de part d’autre de la porte, au-dessus de laquelle est incrustée une rosace en terre cuite.

A Tomba fait à ce point partie du paysage piétrolais qu’on pourrait dire qu’elle passe inaperçue, ce qui est vraiment dommage. Par dela sa valeur artistique, elle est l’un des derniers vestiges de l’opulence dans laquelle ont vécu quelques familles piétrolaises des siècles passés, dont il ne reste qu’un témoin muet à jamais : leur tombeau.


1830-1929, quelques données démographiques relatives à la population de Pietra

Notre compatriote Marc Giorgi a regroupé sur son site web (www.ifrance.com/Marc-Giorgi/) des données concernant l’Etat civil de Pietra de 1817 à 1929. Moyennant quelques lacunes inhérentes à ce genre de recherches, nous connaissons ainsi les naissances, les mariages et les décès qui ont eu lieu à Pietra au cours de ces années.

Nous avons examiné quelques unes de ces données pour les années 1830 à 1929.

Nous avons réparti par décennies les naissances et les décès :

1830-1839 204 naissances 173 décès
1840-1849 202 181
1850-1859 260 228
1860-1869 228 157
1870-1879 295 243
1880-1889 250 135
1890-1899 143 (1) 146
1900-1909 192 153
1910-1919 183 137
1920-1929 150 114

Il en résulte un net excédent de population au cours de ce siècle, bien que, au cours des 28 années ci-dessous les plus durement touchées par les épidémies de variole, on constate un nombre de décès particulièrement élevé.

1830 : 44 décès 1848 : 20 1868 : 23 1881 : 21
1833 : 20 1851 : 38 1871 : 26 1883 : 25
1840 : 23 1852 : 40 1872 : 45 1892 : 20
1841 : 21 1854 : 24 1873 : 22 1894 : 24
1844 : 22 1855 : 47 1874 : 23 1895 : 27
1846 : 21 1856 : 20 1875 : 30 1901 : 27
1847 : 20 1867 : 21 1878 : 27 1903 : 26

Autres observations :

- les ascendants de la plupart des familles, qui vivent encore actuellement à Pietra, qui y reviennent régulièrement ou y possèdent encore une habitation, y vivaient déjà il y a deux siècles !

- beaucoup de noms de familles ont disparu, mais celles-ci ont encore de nos jours des descendants par les femmes; il en est ainsi des Alerini Andreani, Giudicelli, Giovannangeli, Innocenzi, Manicacci, De Matra, Natali, Negroni, Nobiletti, Pieri, Pitti Ferrandi, Romani, Suzzoni ...

- d’autres familles ont disparu, telles que les Sébastiani, De Giovanni, Leonetti, Ciancioni, Guazzacaloppa... Parmi elles certaines, souvent fortunées, n’ont même plus de sépultures à Pietra.

- Enfin, parmi les noms de familles existantes, certaines branches se sont éteintes. C’est le cas chez les Nicolai, Savignoni, Straboni.

Au moment où se développent prodigieusement les recherches que permet Internet, notre souhait est que d’autres Piétrolais puissent aller plus loin encore, au-delà du 19è siècle, et fournissent d’autres données sur les familles qui ont successivement peuplé le village; au moins à partir du 17è siècle au cours duquel Pietra a acquis sa prépondérance dans l’ancienne pieve de Verde, grâce à la mise en valeur de la châtaigneraie. Cela permettrait selon toute vraisemblance de reconstituer des liens entre les Piétrolais d’aujourd’hui et ceux qui, loin de leur lieu d’origine, ont entendu leurs parents, grands-parents, voire arrière-grands-parents leur parler, avec nostalgie, de leur village. Chaque été, quelques-uns d’entre eux reviennent pour quelques heures à la recherche de la demeure de leurs ancêtres. L’évocation de notre passé commun par les moyens techniques les plus modernes rapprocherait, à coup sûr, nombre de nos compatriotes que les hasards de la vie ont dispersés. Qu’ils sachent, tous, que ce site leur est ouvert.

(1) Les années 1891, 92, 93 ne figurent pas parmi les données pour ce qui concerne les naissances.

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"Simon-Jean Vinciguerra, né à Pietra en 1903 et décédé en 1972, était professeur d'Histoire. Sa carrière s'est pratiquement tout entière déroulée au lycée de Bastia, où son enseignement était hautement et unanimement apprécié. Sa vie durant, il a été un militant de la culture et de la langue corse. Il a collaboré à diverses revues corses  et particulièrement au "Muntese" et au Bulletin de la Société des Sciences Historiques et Naturelles de la Corse. Il a laissé de nombeux écrits relatifs à la vie de son village au cours des premières années du 20è siècle, qui constituent un vrai travail ethnographique avant la lettre comme en témoignent, ici, les quelques extraits

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